« Etre pompier est devenu une passion »

Après 41 ans de service, le Major Eric Henry, commandant du SIS Morget, part à la retraite à la fin de l’année. Il a débuté les sapeurs pompiers à l’âge de 20 ans et a été directement incorporé dans la compagnie 2, celle qui intervenait quasi jamais. De profession, Eric Henry était mécanicien, formation qu’il a effectué à la SIM à Morges. Puis il a enchaîné plusieurs emplois: A la Verrerie à Saint-Prex, à l’usine de ski Authier à Bière, chauffeur-livreur pour la pharma, puis coursier à la Société de Banque Suisse. En parallèle, il s’engage comme bénévole à La Baraque, un centre de jeunes à Morges où il sera par la suite engagé comme animateur à 100% pendant trois ans. Puis retour à la banque pour mettre en place un service d’archivage électronique. Le 1er mars 2000, il devient le premier commandant permanent des pompiers morgiens et rejoint deux permanents déjà en poste. Avant ses derniers jours de service, il s’est confié dans notre interview.

Eric Henry, vous souvenez-vous de votre premier jour de pompier?
Non, mais de ma première intervention oui. En 1982, l’entrepôt de l’entreprise Friderici à Tolochenaz était en feu. L’incendie durait déjà depuis quelques heures quand la compagnie 2 a été alarmée en renfort. A notre arrivée à la caserne, on nous a dit qu’il fallait d’abord aller manger une pizza car nous en aurions pour toute la nuit. Sur cette intervention, j’ai tout de suite compris ce que voulait dire « écouter son chef ». A un moment, il nous a dit de tout poser et de sortir. Quelques minutes après le mur s’effondrait. C’était très impressionnant.

Avez-vous été blessé durant vos années de service?
Oui, deux fois. La première à mes tout débuts, lors de l’incendie d’une maison à Couvaloup. L’escalier en bois avait gelé et lors du repli, je me suis retrouvé les quatre fers en l’air. J’ai eu un tassement de vertèbres. La seconde, c’était au mois de mai de cette année. Devant la caserne, alors que nous n’étions pas en intervention, ni en exercice, j’ai chuté et je me suis fracturé la jambe.

Au regard de votre parcours, les pompiers ce n’était pas une vocation?
Pas du tout. Je n’étais pas issu d’une famille de sapeurs. A 13-14 ans, les pompiers, je n’en avais rien à faire, j’étais plutôt réactionnaire et tout ce qui était grades ne m’intéressait pas. Mais à mes 20 ans, mon voisin le capitaine Gilbert Deminga, commandant de la compagnie 2, m’a dit « il ne te reste plus qu’à venir aux pompiers ».

C’est devenu une passion?
Absolument. Être au service de l’autre, c’est quelque chose qui t’agrippe. Une fois que tu y a goûté, il est difficile de s’arrêter. J’aurais eu de la peine à retourner dans une banque.

Quelles sont les qualités pour devenir commandant?
Aimer les ressources humaines, être rassembleur, à l’écoute des gens, mais pas trop, résistant au stress, être réactif… Mais aussi avoir une faculté d’adaptation très importante car en face de toi tu as des volontaires et non des employés. Un autre point important est que le commandant se doit de s’entourer de gens capables, voire plus que lui pour certaines missions, et ne pas en avoir peur. Il faut mettre les personnes au bon endroit, que cela fonctionne et c’est seulement ainsi que l’on peut faire tourner le paquebot SIS Morget. C’est un challenge extraordinaire, c’est passionnant.

Vous êtes content de partir à la retraite?
Oui et je pars sans regrets. J’avoue que cette dernière année n’a pas été facile. Car si j’ai embrassé ce métier, c’est pour l’autre et pas pour moi. Je n’ai pas anticipé certaines réactions, qui au fond, m’ont fait mal. On me reproche la mise en place de la nouvelle organisation ma dernière année. Je n’étais pas seul à prendre cette décision, c’est une décision de l’Etat-Major, mais pour moi elle était importante. Elle me permet de terminer la mise en place du SIS Morget et de passer la main pour aller de l’avant.

Rappelez-nous les débuts du SIS Morget
Quand j’ai débuté les pompiers si on m’avait dit un jour vous serez une entité de 29 communes, j’aurai répondu vous êtes fou. On a débuté avec le SISCUM, je m’attendais à 1-2 communes de plus dans ce regroupement, mais pas à autant. La décision est venue du politique cantonal et a été définie et mise en place par l’Etablissement Cantonal d’Assurance. L’ECA a repris le secteur d’intervention du détachement de premiers secours du SISCUM, qui intervenait déjà sur ces 29 communes, et en a fait un seul SDIS. L’ECA a également choisi les sites en se basant sur ce qui existait. Denges, Morges et Saint-Prex avaient déjà un tonne-pompe avec des porteurs d’appareils respiratoires, ces sites sont ainsi devenus les Détachements de premier secours. Personnellement, j’aurai trouvé plus judicieux de mettre deux DPS en bas et 1 en haut, à Apples par exemple. C’était un mariage imposé et arrangé. Après, cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas se créer de l’amour.

Depuis vos débuts, il y a donc eu une évolution structurelle, mais aussi matérielle?
En 19 ans de commandement, le monde du sapeur pompier volontaire a changé, c’est de la folie. Le matériel, la manière d’intervenir… Aujourd’hui, nous demandons beaucoup à nos sapeurs. Nous devons aussi adapter nos formations à la société qui évolue. Notre école de formation s’est adaptée et aujourd’hui quand on voit au bout d’un an le résultat, l’entrain des volontaires, je dis chapeau aux formateurs! Il est aussi important de favoriser au sein du groupe les contacts, l’écoute des besoins et les souhaits de chacun. Je pense que c’est un challenge, car quand nous sommes sapeur nous devons pouvoir compter les uns sur les autres.

Et pour la suite, vers quoi allez-vous voguer?
L’année prochaine, je vais profiter de tout ce que je n’ai pas pu faire. Nous avons quelques voyages de prévus et je vais aussi pouvoir consacrer davantage de temps à nos trois petits-enfants. Je me réjouis. Bien que pour le plus grand qui a 6 ans c’est difficile de savoir que son grand-papa ne sera plus pompier. Lors du grand exercice au château de Morges, il était très triste en sachant que c’était mon dernier exercice.

Pour vous aussi c’était un peu émouvant, tout comme les hommages lors du rapport de promotions 2018?
Oui. Je réalise que je deviens plus émotif, même si j’ai plein de projets. Mais c’était ma plus grande tranche de vie en terme de profession et une passion. Finalement, c’est plus sain d’avoir des émotions que point. Et je dois admettre que mon pépin de santé en mai a été salutaire. Depuis cette période je n’interviens plus et j’ai pris part à moins d’exercices. J’ai donc du décrocher et l’arrêt au 14 décembre, la fin de mon travail effectif, sera moins brutal.